Rencontres
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Colloque - Le cinéma : espace de mémoire, de résistance et d’espérance des peuples
Depuis sa naissance, le cinéma s’est imposé bien au-delà d’un simple moyen de divertissement. Il est devenu un langage universel capable de préserver la mémoire collective, d’interroger le réel et de défendre les valeurs humaines face à l’oubli, à l’exclusion et à la violence. Le cinéma ne se contente pas de refléter la vie quotidienne et les transformations des sociétés, il participe aussi à la réécriture de l’histoire dans une perspective profondément humaine.
Dans un monde marqué par des mutations rapides et des crises politiques, sociales et culturelles, le cinéma apparaît comme un espace de résistance symbolique et intellectuelle. Il donne aux peuples la possibilité d’exprimer leurs douleurs et leurs espoirs, tout en luttant contre les stéréotypes et les tentatives d’effacement des identités et des mémoires. De nombreuses expériences cinématographiques à travers le monde ont ainsi fait de la caméra un outil de défense de la liberté, de la dignité et de la justice, en donnant voix aux peuples marginalisés.
Le cinéma constitue également un espace d’espérance et de reconstruction du sens. Il ouvre de nouvelles perspectives de dialogue entre les cultures et contribue à l’ancrage des valeurs de coexistence, d’ouverture et de tolérance. Par le récit visuel, l’imaginaire et la création, il permet à l’être humain de projeter un avenir meilleur et de retrouver confiance dans le pouvoir de l’art et de la culture face aux crises et aux fractures du monde contemporain.
Dans ce cadre, ce colloque propose une réflexion académique et culturelle sur les rôles du cinéma dans la préservation des mémoires individuelles et collectives, dans la résistance à l’oubli et à la marginalisation, ainsi que dans la construction de l’espoir des peuples, notamment dans un contexte de mutations numériques et de nouveaux enjeux mondiaux.
Axes du colloque
- Cinéma et mémoire collective : documenter et réécrire l’histoire
- Le cinéma comme outil de résistance culturelle et humaine
- Représentation des peuples et des identités dans le cinéma contemporain
- Cinéma, liberté, exil, migration et conflits
- Le septième art et la construction d’une culture de l’espoir et du vivre-ensemble
- Entre exigence esthétique et engagement humaniste
- Mutations numériques et avenir du cinéma humaniste
Objectifs du colloque
- Réfléchir aux rôles culturels et humains du cinéma
- Créer un espace de dialogue entre cinéastes, chercheurs et critiques
- Mettre en valeur le rôle de l’image dans la mémoire et les causes humaines
- Encourager les échanges interculturels à travers le cinéma
- Soutenir un cinéma engagé dans les espaces culturels et académiques
Modérateur
Mustapha Saloui, professeur de l’enseignement supérieur en critique littéraire (Maroc). Universitaire né en 1962 à Oujda, il enseigne la critique littéraire et l’analyse des textes à la Faculté des Lettres de l’Université Mohammed Ier. Lauréat du Wissam Al Arch (première classe exceptionnelle) en 2022, il a poursuivi ses études à Oujda puis à Paris (Sorbonne). Il occupe plusieurs fonctions de responsabilité au sein de la faculté et mène des recherches reconnues sur l’écriture féminine, la critique et la pédagogie.
Intervenants
Valentina Carnelutti, actrice, réalisatrice et scénariste italienne, plusieurs fois nommée aux Nastri d’Argento et au David di Donatello, autrice et réalisatrice du court métrage « ReCuiem ».
Yahya Amara, poète, chercheur et professeur de l’enseignement supérieur à l’Université Mohammed Premier d’Oujda, spécialisé dans les études culturelles, littéraires et artistiques. Membre de l’Union des écrivains du Maroc depuis 1998, il coordonne le Laboratoire des industries culturelles, langagières et médiatiques et de la recherche sociologique, ainsi que la filière des industries culturelles et de l’art cinématographique. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages critiques et recueils poétiques.
Nahed Salah, journaliste, critique de cinéma et programmatrice de films égyptienne. Vice-présidente et cofondatrice du Festival international du film environnemental et des arts contemporains de Fayoum, elle est également journaliste et productrice à RT Arabic. Chercheuse et auteure reconnue dans le domaine du cinéma égyptien et arabe, elle a consacré plusieurs ouvrages à de grandes figures du cinéma.
Asmae Hlal, professeure-chercheure habilitée à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université Mohammed Premier d’Oujda, spécialisée en langue, culture et communication. Ses recherches portent sur les liens entre langue, culture et communication, avec un accent particulier sur le français langue étrangère et les outils numériques.
Jamal Dine Essarraje, professeur de l’enseignement supérieur en sciences du langage, de l’information et de la communication à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines d’Oujda, docteur de l’Université Marc Bloch de Strasbourg et rédacteur en chef de la Revue de Recherche en Sciences Humaines et Cognitives (RRSHC). Ses travaux portent notamment sur les relations entre cinéma et société et sur le rôle de l’image dans la construction des passerelles entre les cultures.
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Masterclass - Noureddine Afaya
Noureddine Afaya, professeur universitaire et penseur marocain.
Les manifestations de la modernité placent constamment l’individu et la société marocains face à une situation existentielle paradoxale. Cette nature complexe se renforce à mesure que s’accentuent les contradictions qui s’expriment entre le passé et le présent, entre la force de l’habitude et l’aspiration à la nouveauté. Cette tension se reflète dans le rapport à l’histoire, à la culture, aux valeurs et à la création.
À la lumière des transformations que la société marocaine a connues et continue de connaître, ainsi que de la recomposition des rôles au sein de la famille, peut-on affirmer que les sciences humaines et sociales ont réussi à accompagner ces mutations par l’observation, l’explication, le diagnostic, l’analyse et la prospective ? La remarque de Paul Pascon, selon laquelle la société marocaine résiste à la volonté d’analyse, demeure-t-elle encore pertinente ? Ou bien les rapports, études et thèses consacrés aux transformations que connaît le Maroc ont-ils désormais dépassé ce constat ? Pourquoi, dès lors, les chercheurs en sciences humaines et sociales déplorent-ils leur incapacité manifeste à accompagner les expressions de ces transformations, à révéler les significations que recèlent les dynamiques mouvantes des liens sociaux et à mettre en évidence leurs effets sur la cohésion familiale et sociale ?
Face à ce qui apparaît comme une insuffisance dans la production qualitative et régulière des sciences humaines et sociales, cette communication se propose de montrer comment la création artistique, et notamment le cinéma, manifeste une capacité remarquable à rendre compte des grandes transformations qui ont affecté et continuent d’affecter les relations humaines, dans le contexte des mutations structurelles qu’a connues le Maroc. Elle cherchera également à montrer comment le cinéma est parvenu à diagnostiquer, à mettre en scène et à donner à voir les paradoxes engendrés par ces mutations, à travers des formes et des expressions que les travaux spécialisés en sciences humaines et sociales n’ont pas toujours réussi à produire avec une force comparable sur les plans de la description et de l’analyse.
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Table ronde - Le cinéma marocain, entre la dialectique de la quantité et de la qualité
Le cinéma marocain connaît depuis plus de deux décennies une dynamique remarquable, avec une production passée de quelques longs métrages dans les années 1980 à 25 à 30 longs métrages et plus d’une centaine de courts métrages par an, grâce notamment au soutien public.
Cette progression a permis l’émergence de nouveaux talents, de nouvelles écritures et d’une véritable diversité artistique. Toutefois, cette croissance quantitative soulève une question essentielle : la quantité s’est-elle accompagnée d’une qualité et d’un impact à la hauteur des investissements publics ? Une partie de la production peine encore à attirer un large public, à générer des recettes importantes ou à s’imposer durablement dans les grands festivals internationaux.
En parallèle, certains films produits avec des moyens privés connaissent un véritable succès populaire et démontrent qu’il existe une demande réelle pour un cinéma marocain accessible au grand public.
Le débat ne devrait donc peut-être pas opposer systématiquement cinéma d’auteur et cinéma populaire. Dans les grandes cinématographies, les deux modèles peuvent coexister : le soutien public favorise la création artistique et l’émergence d’œuvres d’auteur, tandis que les producteurs privés développent des films capables de rencontrer leur public et de générer des revenus réinvestis dans l’industrie.
La véritable question qui se pose aujourd’hui est donc celle du modèle cinématographique marocain que nous voulons construire : devons-nous privilégier le cinéma d’auteur, soutenir davantage le cinéma populaire, ou rechercher une troisième voie conciliant exigence artistique, succès auprès du public et viabilité économique ? C’est sans doute dans cet équilibre que se trouve l’avenir d’une véritable industrie cinématographique marocaine.
Intervenants
Mohamed Belghouat, modérateur et coordinateur, professeur chercheur dans le domaine du cinéma et acteur culturel marocain. Ancien directeur de l’Institut Spécialisé dans les Métiers du Cinéma (ISMAC), il est reconnu pour son intérêt pour la critique cinématographique et la formation aux métiers de l’audiovisuel.
Mohamed Chouika, écrivain, critique de cinéma et chercheur marocain, connu pour ses travaux sur le cinéma et la culture marocains. Il a publié de nombreux articles et ouvrages consacrés à l’analyse cinématographique et aux questions culturelles.
Nour-Eddine Lakhmari, réalisateur et scénariste marocain, auteur de « Casanegra », « Zéro » et « Burn Out », président du jury long métrage de cette édition.
Khalil Damoun, écrivain et critique de cinéma marocain. Il a participé à la création de l’Association Marocaine des Critiques de Cinéma, dont il a assuré la présidence à plusieurs reprises, et a présidé la Fédération Africaine de la Critique Cinématographique.
Abdelrazak Zaher, chercheur, universitaire et critique de cinéma marocain, spécialiste de la sémiologie du cinéma, de la télévision et de l’audiovisuel. Directeur de l’ISMAC de 2019 à 2023, il est l’auteur de plusieurs ouvrages, parmi lesquels « Le récit filmique : lecture sémiologique » et « Les genres filmiques et l’angle de vue ».